La création d'une SAS reste la forme juridique préférée des entrepreneurs français. Plus de 65 % des sociétés créées en 2025 ont choisi ce statut, d'après les statistiques de l'INSEE sur les créations d'entreprises. Mais entre les guides commerciaux des plateformes en ligne et les démarches officielles parfois confuses, beaucoup de créateurs se sentent perdus. J'ai accompagné une trentaine de créations de SAS depuis trois ans, et je vois toujours les mêmes questions revenir. Voici un guide clair, à jour pour 2026, pour créer votre SAS sans mauvaise surprise.
Qu'est-ce qu'une SAS, concrètement ?
La SAS, ou Société par Actions Simplifiée, est une société commerciale qui permet à un ou plusieurs associés de s'unir autour d'un projet, en limitant leur responsabilité au montant de leurs apports. Concrètement, si la société rencontre des difficultés, votre patrimoine personnel est protégé.
Trois caractéristiques font le succès de la SAS :
- La flexibilité statutaire : vous rédigez librement les règles de fonctionnement de votre société dans les statuts.
- Le statut social du président : il est assimilé salarié, ce qui ouvre droit à une meilleure protection sociale (hors assurance chômage).
- L'entrée et la sortie d'associés simplifiées : pas besoin de modifier les statuts pour céder des actions, contrairement à la SARL.
À ne pas confondre :
- SAS vs SASU : la SASU est une SAS avec un seul associé. Le fonctionnement est identique, sauf que les décisions collectives deviennent des décisions unilatérales.
- SAS vs SARL : la SARL impose un cadre légal strict (gérance, agrément des cessions, statut TNS du gérant majoritaire). La SAS laisse beaucoup plus de liberté contractuelle.
- SAS vs EURL : l'EURL est l'équivalent unipersonnel de la SARL. Le gérant est travailleur non salarié, avec des cotisations sociales d'environ 45 % contre 75 à 80 % en SAS.
La SAS est particulièrement adaptée aux projets à plusieurs associés, aux startups qui prévoient de lever des fonds, et aux activités où la souplesse de gouvernance est un atout. Pour aller plus loin sur les bénéfices concrets de cette forme, consultez mon article sur les avantages détaillés du statut SAS.
Les 7 étapes pour créer votre SAS
- Définir le projet et choisir les associés. Au minimum un associé suffit (la SAS s'appelle alors SASU). À plusieurs, réfléchissez en amont à la répartition du capital, à qui sera président, et à qui apporte quoi.
- Rédiger les statuts. C'est le document fondateur de votre société. Il doit comporter une vingtaine de mentions obligatoires : dénomination, objet social, siège, capital, président, modalités de prise de décision. C'est l'étape la plus délicate. J'ai détaillé le sujet dans mon guide statuts.
- Constituer le capital social. Au moins 50 % des apports en numéraire doivent être libérés à la création, le solde dans les 5 ans. Le capital est déposé chez un notaire, une banque ou la Caisse des Dépôts, qui délivre une attestation de dépôt des fonds.
- Domicilier le siège social. Trois options : domicile du président, local commercial, ou société de domiciliation (de 15 à 60 € par mois en moyenne).
- Publier une annonce légale. Cette publication dans un journal d'annonces légales (JAL) habilité informe les tiers de la création de la société. Le contenu est encadré : dénomination, forme, capital, siège, objet, durée, président.
- Déclarer les bénéficiaires effectifs (DBE). Vous identifiez les personnes physiques qui détiennent plus de 25 % du capital ou qui exercent un contrôle effectif sur la société.
- Déposer le dossier au guichet unique INPI. Depuis le 1er janvier 2023, toutes les formalités d'immatriculation passent obligatoirement par le guichet unique des formalités des entreprises. Vous y joignez les statuts, l'attestation de dépôt des fonds, l'annonce légale, la DBE et les pièces justificatives du président.
Pour le détail technique de chaque dépôt, consultez le détail des formalités que je tiens à jour.
Combien coûte la création d'une SAS en 2026 ?
Les tarifs officiels ont été revalorisés au 1er janvier 2026 par arrêté ministériel. Voici le détail des coûts obligatoires, hors prestations d'accompagnement.
| Poste | Montant 2026 | Caractère |
|---|---|---|
| Frais de greffe (immatriculation RCS) | ~41,50 € HT | Obligatoire |
| Déclaration des bénéficiaires effectifs (DBE) | ~21,41 € | Obligatoire |
| Annonce légale SAS (forfait métropole) | 193 € à 199 € HT | Obligatoire |
| Capital social (minimum légal) | 1 € | Obligatoire |
| Rédaction des statuts (modèle libre) | 0 € | Optionnel |
| Statuts via plateforme en ligne | 120 € à 600 € | Optionnel |
| Statuts rédigés par un avocat ou juriste | 800 € à 2 500 € | Optionnel |
| Domiciliation commerciale | 15 € à 60 € / mois | Selon situation |
En partant d'un dossier autonome (statuts rédigés seul à partir d'un modèle), comptez environ 250 à 280 € de coûts incompressibles. Avec un accompagnement professionnel sur les statuts, le budget grimpe à 1 500 — 3 500 €.
Combien de temps ça prend ?
Le délai dépend principalement de la qualité du dossier déposé. Voici ce que j'observe en pratique :
- Préparation du dossier : 3 à 7 jours si vous êtes seul à le constituer (statuts, annonce, dépôt de capital).
- Validation par le guichet unique INPI : 3 à 10 jours ouvrés. Un dossier sans erreur passe en 48 à 72 heures. Un dossier avec une pièce manquante peut traîner deux à trois semaines.
- Réception du KBIS : immédiate dès validation, par voie dématérialisée.
En cumulé, comptez 2 à 3 semaines entre la décision de créer et l'obtention de votre KBIS pour un dossier bien préparé. C'est plus long si l'objet social est ambigu, si une pièce d'identité n'est pas conforme, ou si la domiciliation pose question.
Cas pratique — Camille raconte
L'an dernier, j'ai accompagné deux cofondateurs d'une SAS dans la tech, à Lyon. Ils développaient une application B2B et s'apprêtaient à signer leur premier contrat client. Ils étaient pressés de « boucler la création vite fait » pour facturer.
Je leur ai demandé une heure pour discuter des statuts, avant tout. Bonne pioche : ils n'avaient pas pensé à la clause d'agrément en cas de cession d'actions. Six mois plus tard, l'un des deux a voulu céder une partie de ses parts à un investisseur tiers. Sans clause d'agrément, l'autre associé n'aurait eu aucun droit de regard. On a inséré la clause à la création, ce qui leur a évité une assemblée générale extraordinaire et une modification statutaire payante par la suite.
Coût total de leur création : 247 €. Délai : 11 jours du dépôt à la réception du KBIS. La leçon : prendre une heure pour bien rédiger les statuts en amont coûte zéro et évite des milliers d'euros plus tard.
5 erreurs à éviter quand on crée sa SAS
- Sous-estimer les statuts. Beaucoup de créateurs téléchargent un modèle sur internet et signent sans relire. Les statuts régissent toute la vie de la société : agrément, majorités, pouvoirs du président, sortie d'associé. Un statut bâclé, c'est un litige garanti à moyen terme.
- Confondre objet social large et objet social fourre-tout. Un objet trop précis vous bloque dès que vous voulez pivoter. Un objet trop vague peut être rejeté par l'INPI, ou poser problème avec votre assurance professionnelle. Trouvez le juste milieu.
- Mal calibrer le capital social. Un capital de 1 € est légal, mais il vous fermera des portes : prêts bancaires, marchés publics, crédibilité commerciale. Pour la plupart des projets, je recommande entre 1 000 € et 5 000 €.
- Oublier la déclaration des bénéficiaires effectifs (DBE). C'est une obligation distincte de l'immatriculation, souvent zappée. Le défaut de déclaration est sanctionné par une amende pouvant atteindre 7 500 €.
- Choisir la SAS par mimétisme. La SAS est à la mode, mais elle n'est pas toujours optimale. Un entrepreneur seul avec peu de revenus a souvent intérêt à regarder l'EURL ou la micro-entreprise. J'ai détaillé la question dans pourquoi choisir la SAS.
FAQ — Vos questions sur la création de SAS
Peut-on créer une SAS avec un seul associé ?
Oui. L'article L227-1 du Code de commerce prévoit explicitement qu'une SAS peut être instituée par une ou plusieurs personnes. Quand elle ne compte qu'un seul associé, on parle de SASU (Société par Actions Simplifiée Unipersonnelle). Le régime juridique, fiscal et social est identique à celui d'une SAS classique, avec quelques simplifications de formalisme (décisions de l'associé unique, dispense de rapport de gestion sous certains seuils).
Quel est le capital minimum pour créer une SAS ?
1 € symbolique. La loi n'impose aucun montant minimum. En pratique, je conseille un capital cohérent avec votre activité : 1 000 € à 5 000 € rassure les partenaires et facilite l'accès au crédit.
Combien de temps faut-il pour obtenir le KBIS d'une SAS ?
Entre 3 et 15 jours ouvrés en moyenne après dépôt du dossier au guichet unique INPI. Un dossier complet et bien préparé est traité en 48 à 72 heures.
Comment se rémunère le président d'une SAS ?
Deux options, cumulables : un salaire (avec fiches de paie et cotisations sociales d'environ 75-80 % du net), et des dividendes (soumis à la flat tax de 30 %, soit 12,8 % d'impôt sur le revenu et 17,2 % de prélèvements sociaux).
Une SAS peut-elle être imposée à l'impôt sur le revenu ?
Oui, sur option et pendant 5 exercices maximum, sous conditions (société de moins de 5 ans, moins de 50 salariés, chiffre d'affaires inférieur à 10 millions d'euros). Par défaut, la SAS relève de l'impôt sur les sociétés (15 % jusqu'à 42 500 €, 25 % au-delà).
Faut-il un commissaire aux comptes dans une SAS ?
Pas obligatoirement. Il devient obligatoire si la société dépasse deux des trois seuils suivants : 5 millions d'euros de bilan, 10 millions d'euros de chiffre d'affaires hors taxes, ou 50 salariés. Pour la grande majorité des SAS en création, ce n'est pas requis.
J'espère que ce guide vous a aidé(e) à y voir plus clair. Créer une SAS n'est pas compliqué, à condition de prendre le temps de bien préparer chaque étape, en commençant par les statuts. Pour aller plus loin sur la fiche officielle, consultez la fiche SAS du service public.